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9/01/2023

PAUL VALERY (Francia, 1871-1945)
El bosque amigo


En las sendas pensamos cosas puras,
uno al lado del otro, fugitivos,
cogidos de la mano, y pensativos
en medio de las flores más oscuras.

Íbamos solos, como enamorados,
entre la verde noche del sendero,
compartiendo el fugaz fruto hechicero
del astro que aman los enajenados.

Después, muy lejos, en la sombra densa
de aquel íntimo bosque rumoroso,
morimos -solos!- sobre el césped blando.

Y arriba, en medio de la luz inmensa,
¡oh, amigo del silencio más hermoso,
nos encontramos otra vez, llorando!

Traducción de Andrés Holguín

«Le bois amical»

Nous avons pensé des choses pures
Côte à côte, le long des chemins,
Nous nous sommes tenus par les mains
Sans dire… parmi les fleurs obscures;

Nous marchions comme des fiancés
Seuls, dans la nuit verte des prairies;
Nous partagions ce fruit de féeries
La lune amicale aux incensés

Et puis, nous sommes morts sur la mousse,
Très loin, tout seuls parmi l’ombre douce
De ce bois intime et murmurant;

Et là-haut, dans la lumière immense,
Nous nous sommes trouvés en pleurant
Ô mon cher compagnon de silence.

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7/12/2022

JACQUES PRÉVERT (Francia, 1900-1977)
Le micocoulier 


A Antibes rue de l’hôpital
Où l’herbe à chat
Surgit
Encore indemne entre les pavés
Il y a un grand micocoulier
Il est dans la cour de l’asile des vieillards
Eh oui c’est un micocoulier
Dit un vieillard de l’asile
Assis sur un banc de pierre
Et sa voix
Est doucement bercée par le soleil

Micocoulier
Et ce nom d’arbre
Roucoule
Dans la voix usée

Et il est millénaire
Ajoute le vieil homme
En toute simplicité
Beaucoup plus vieux que moi
Mais tellement plus jeune encore.

Millénaire et toujours vert
Et dans la voix
De l’apprenti centenaire
Il y a un peu d’envie
Beaucoup d’admiration
Une grande détresse
Et une immense fraicheur.

Arbres (1976)

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2/15/2017

ALAIN BOSQUET -Anatoliy Bisk- (Rusia, 1919-1998)
Arbre


Tu es plus souple que le zèbre
Tu sautes mieux que l'équateur.
Sous ton écorce les vertèbres
Font un concert d'oiseaux moqueurs.
J'avertirai tous les poètes :
Il ne faut pas toucher aux fruits
C'est là que dorment les comètes,
Et l'océan s'y reconstruit.
Tu es léger comme un tropique.
Tu es plus sage qu'un poisson.
Dans chaque feuille une réplique
Est réservée pour ma chanson.
Dès qu'on t'adresse la parole,
Autour de toi s'élève un mur.
Tu bats des branches, tu t'envoles
C'est toi qui puniras l'azur.

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12/23/2016

Poesía francesa - Christian postaniec - Mon arbre et moi

CHRISTIAN POSTANIEC (Francia, 1944)
Mon arbre et moi

Lorsque je le caresse,
Mon arbre apprivoisé
Se dresse
Sur la pointe des feuilles
Dans le vent.
Alors moi je lui cueille
Un bouquet d'oiseaux blancs
Et il remue la tête
Heureux
En souriant
D'un grand rire d'écorce
Pour me faire la fête.
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2/02/2015

VENUS KHOURY-GHATA (Líbano, 1937)
La forêt a peur


Une forêt peureuse
panique à la vue du soir
Tout l'angoisse
les cris des chouettes
leur silence
Le regard froid de la Lune
et l'ombre de son sourcil sur le lac
Le bouleau claque des dents
en se cachant derrière le garde-champêtre
Le frêne s'emmitoufle dans son écorce 
et retient sa respiration jusqu'au matin 
Le pin essuie sa sueur
et appelle son père le pin parasol
La tête entre les jambes
le saule pleure à chaudes feuilles
et fait déborder le ruisseau
Le roseau qui ne le quitte pas des yeux
L'entend supplier le ver luisant 
d'éclairer les ténèbres 
Seul le chêne garde sa dignité
à genoux dans son tronc
il prie le dieu de la forêt 
de hâter l'arrivée du jour !


El bosque tiene miedo


Un bosque temeroso
se encoge cuando viene la noche
Toda la angustia
los gritos de las lechuzas
su silencio
La mirada fría de la luna
y la sombra de su ceja sobre el lago
El abedul pila de dientes
todo escondiéndose detrás el guardabosque
El fresno se encoje en su corteza
y contiene la respiración hasta la mañana
El pino se seca el sudor
y llama a su padre el pino piñonero
Con el fin entre las piernas
el sauce llora a hoja viva
y hace desbordar el arroyo
La caña que no le quita el ojo de encima
lo siente como pide a la luciérnaga
que ilumine las tinieblas
Sólo la encina conserva la dignidad
arrodillada en el Su tronco
pide al dios del bosque
que se apresure a hacer venir el día.


El bosc té por 

Un bosc poruc
s'esparvera quan ve la nit
Tot l'angoixa
els crits de les òlibes
llur silenci
L'esguard fred de la lluna
i l'ombra de la seva cella sobre el llac
El bedoll pica de dents
tot amagant-se darrere el guardabosc
El freixe s'acotxa en la seva escorça
i conté la respiració fins al matí
El pi s'eixuga la suor
i crida el seu pare el pi pinyer
Amb el cap entre les cames
el salze plora a fulla viva
i fa desbordar el rierol
La canya que no li treu l'ull de sobre
el sent com demana a la cuca de llum
que il·lumini les tenebres
Només l'alzina conserva la dignitat
agenollada en el seu tronc
demana al déu del bosc
que s'afanyi a fer venir el dia!

Traducció de Pere Galceran-Uyà 

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10/30/2014

JACQUES PRÉVERT (Francia, 1900-1977) 
Tant de forêts...

Tant de forêts arrachées à la terre
Et massacrées
Achevées
Rotativées

Tant de forêts sacrifiées pour la pâte à papier
Des milliards de journaux
attirant annuellement l´attention des lecteurs
sur les dangers du déboisement des bois et des forêts

                                                                           Dans... “La pluie et le beau temps”

Tantos bosques...
Tantos bosques arrancados a la tierra;
y masacrados,
acabados,
roturados…

Tantos bosques sacrificados para pasta de papel
de millares de diarios
que anualmente llaman la atención de sus lectores
sobre el peligro de la deforestación de bosques y selvas…


AS FOREST...
So many pull out earth forests
And massacred
finished,
broke up...

So many forests sacrificed for pulp
Billions of newspapers
attracting attention of readers yearly
about the deforestation woods and forests dangers...
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9/10/2013

VAUQUELIN DE LA FRESNAYE (1535-1607)
"Frêne hautain, forestier et champêtre..."


Frêne hautain, forestier et champêtre
L'arbre premier de tant d'arbres divers,
L'arbre immortel au renom de mes vers,
L'arbre aux serpents toujours odieux maître;

Le coudre rompt, mais tu te fais connaître
Propre à la guerre et jamais de travers
De toi tortu les monts ne sont couverts,
Ains haut et droit toujours as voulu naître;

Je fais mes dards, pour tous mes arcs, de toi,
Les forestiers en font de même moi,
Et Panarèthe en fait les siens encore:

Phébus aussi en patronne ses traits,
Sa chaste soeur son carquois en décore,
Ainsi au bois as tous noms satisfaits. 

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3/18/2013

GUILLAUME APOLLINAIRE (1880-1918)
L'Adieu

J'ai cueilli ce brin de bruyère

L'automne est morte souviens-t'en

Nous ne nous verrons plus sur terre

Odeur du temps brin de bruyère

Et souviens-toi que je t'attends  



El adiós


Recogí esta brizna de brezo
El otoño está muerto acuérdate
No nos veremos más sobre la tierra
Olor del tiempo brizna de brezo
Y recuerda que yo te espero


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1/30/2013

THÉODORE DE BANVILLE (1823-1891)
"Nous n'irons plus au bois"

Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés.

Les Amours des bassins, les Naïades en groupe

Voient reluire au soleil en cristaux découpés

Les flots silencieux qui coulaient de leur coupe.

Les lauriers sont coupés, et le cerf aux abois

Tressaille au son du cor; nous n'irons plus au bois,

Où des enfants charmants riait la folle troupe

Sous les regards des lys aux pleurs du ciel trempés,

Voici l'herbe qu'on fauche et les lauriers qu'on coupe.

Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés.

Bien souvent je revois sous mes paupières closes...

Bien souvent je revois sous mes paupières closes,

La nuit, mon vieux moulins bâti de briques roses,

Les cours tout embaumés par la fleur du tilleul,

Ce vieux pont de granit bâti par mon aïeul,

Nos fontaines, les champs, les bois, les chères tombes,

Le ciel de mon enfance où volent des colombes,

Les larges tapis d'herbe où l'on m'a promené

Tout petit, la riante où je suis né

Et les chemins touffus, creusés comme des gorges,

Qui mènent si gaiement vers ma belle Font-Georges

A qui mes souvenirs les plus doux sont liés.

Et son sorbier, son haut salon de peupliers,

Sa source au flot si froid par la mousse embellie

Où je m'en allais boire avec ma soeur Zélie,

Je les revois; je vois les bons vieux vignerons

Et les abeilles d'or qui volaient sur nos fronts,

Le verger plein d'oiseaux, de chansons, de murmures,

Les pêchers de la vigne avec leurs pêches mûres,

Et j'entends près de nous monter sur le coteau

Les joyeux aboiements de mon chien Calisto!

La Colombe blessée

O colombe qui meurs dans le ciel azuré,

Rouvre un instant les yeux, mourante aux blanches ailes!

Le vautour qui te tue expire, déchiré

Par des flèches mortelles.

Va, tu tombes vengée, ô victime, et ta soeur

Peut voir, en traversant la forêt d'ombre pleine,

L'oiseau tout sanglant pendre au carquois d'un chasseur

Qui passe dans la plaine.

Le jeune archer, folâtre et chantant des chansons,

Passe, sa proie au dos, par les herbes fleuries,

Laissant déchiqueter par les dents des buissons

Ces dépouilles meurtries.
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11/09/2012

RENÉE VIVIEN (Londres, 1877 - 1909)
Les arbres
 
Dans l'azur de l'avril, dans le gris de l'automne,
Les arbres ont un charme inquiet et mouvant.
Le peuplier se ploie et se tord sous le vent,
Pareil aux corps de femme où le désir frissonne.

Sa grâce a des langueurs de chair qui s'abandonne,
Son feuillage murmure et frémit en rêvant,
Et s'incline, amoureux des roses du Levant.
Le tremble porte au front une pâle couronne.

Vêtu de clair de lune et de reflets d'argent,
S'effile le bouleau dont l'ivoire changeant
Projette des pâleurs aux ombres incertaines.

Les tilleuls ont l'odeur des âpres cheveux bruns,
Et des acacias aux verdures lointaines
Tombe divinement la neige des parfum
s


Los árboles

En el azul de abril, en el gris del otoño,
Los árboles poseen una gracia inquietante.
El álamo en el viento se retuerce y se pliega
Cual cuerpos de mujer trémulos de deseo.

Su gracia es un desmayo de carne abandonada
Y murmura su fronda, al soñar se estremece,
Se inclina, enamorada de las rosas del Este.
Lleva el olmo en su frente una corona pálida.

Revestido de claro de luna plateado,
El abedul deshila su cambiante marfil
Y plasma palideces en las sombras inciertas.

El tilo huele a ásperas y oscuras cabelleras.
Y desde las acacias de lejana verdura
Divinamente cae la nieve del perfume.

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9/01/2012

PIERRE DE RONSARD (France 1524-1585)
Elégies, XXIV   
"Contre les bûcherons de la forêt de Gastine"

Écoute, bûcheron, arrête un peu le bras;
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas;
Ne vois-tu pas le sang lequel dégoutte à force
Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce?
Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts et de détresses
Mérites-tu, méchant, pour tuer nos déesses?
Forêt, haute maison des oiseaux bocagers!
Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers
Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière
Plus du soleil d'été ne rompra la lumière.
Plus l'amoureux pasteur sur un tronc adossé,
Enflant son flageolet à quatre trous percé,
Son mâtin à ses pieds, à son flanc la houlette,
Ne dira plus l'ardeur de sa belle Janette.
Tout deviendra muet, Echo sera sans voix;
Tu deviendras campagne, et, en lieu de tes bois,
Dont l'ombrage incertain lentement se remue,
Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue;
Tu perdras le silence, et haletants d'effroi
Ni Satyres ni Pans ne viendront plus chez toi.
Adieu, vieille forêt, le jouet de Zéphire,
Où premier j'accordai les langues de ma lyre,
Où premier j'entendis les flèches résonner
D'Apollon, qui me vint tout le coeur étonner,
Où premier, admirant ma belle Calliope,
Je devins amoureux de sa neuvaine trope,
Quand sa main sur le front cent roses me jeta.

Et de son propre lait Euterpe m'allaita.
Adieu, vieille forêt, adieu têtes sacrées,
De tableaux et de fleurs autrefois honorées.
Maintenant le dédain des passants altérés,
Qui, brûlés en l'été des rayons éthérés,
Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,
Accusent tes meurtriers et leur disent injures.
Adieu, chênes, couronne aux vaillants citoyens.
Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,
Qui premiers aux humains donnâtes à repaître;
Peuples vraiment ingrats, qui n'ont su reconnaître
Les biens reçus de vous, peuples vraiment grossiers
De massacrer ainsi leurs pères nourriciers!
Que l'homme est malheureux qui au monde se fie!
Ô dieux, que véritable est la philosophie,
Qui dit que toute chose à la fin périra,
Et qu'en changeant de forme une autre vêtira!
De Tempé la vallée un jour sera montagne,
Et la cime d'Athos une large campagne;
Neptune quelquefois de blé sera couvert:
La matière demeure et la forme se perd.



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7/14/2012

JOACHIM DU BELLAY (France 1522-1560)
Les antiquités de Rome

Qui a vu quelquefois un grand chêne asséché,
Qui pour son ornement quelque trophée porte,
Lever encore au ciel sa vieille tête morte,
Dont le pied fermement n'est en terre fiché, 


Mais qui dessus le champ plus qu'à demi penché
Montre ses bras tout nus et sa racine torte,
Et sans feuille ombrageux, de son poids se supporte
Sur un tronc nouailleux en cent lieux ébranché :


Et bien qu'au premier vent il doive sa ruine,
Et maint jeune à l'entour ait ferme la racine,
Du dévot populaire être seul révéré :


Qui ta chêne a pu voir, qu'il imagine encore
Comme entre les cités, qui plus florissent ore,
Ce vieil honneur poudreux est le plus honoré.

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5/28/2012

ÉMILE VERHAEREN (Bélgica 1855-1916)
L'arbre

Tout seul,
Que le berce l'été, que l'agite l'hiver,
Que son tronc soit givré ou son branchage vert,
Toujours, au long des jours de tendresse ou de haine,
Il impose sa vie énorme et souveraine
Aux plaines.

Il voit les mêmes champs depuis cent et cent ans
Et les mêmes labours et les mêmes semailles;
Les yeux aujourd'hui morts, les yeux
Des aïeules et des aïeux
Ont regardé, maille après maille,
Se nouer son écorce et ses rudes rameaux.
Il présidait tranquille et fort à leurs travaux;
Son pied velu leur ménageait un lit de mousse;
Il abritait leur sieste à l'heure de midi
Et son ombre fut douce
A ceux de leurs enfants qui s'aimèrent jadis.

Dès le matin, dans les villages,
D'après qu'il chante ou pleure, on augure du temps;
Il est dans le secret des violents nuages
Et du soleil qui boude aux horizons latents;
Il est tout le passé debout sur les champs tristes,
Mais quels que soient les souvenirs
Qui, dans son bois, persistent,
Dès que janvier vient de finir
Et que la sève, en son vieux tronc, s'épanche,
Avec tous ses bourgeons, avec toutes ses branches,
-Lèvres folles et bras tordus
Il jette un cri immensément tendu
Vers l'avenir.

Alors, avec des rais de pluie et de lumière,
Il frôle les bourgeons de ses feuilles premières,
Il contracte ses noeuds, il lisse ses rameaux ;
Il assaille le ciel, d'un front toujours plus haut;
Il projette si loin ses poreuses racines
Qu'il épuise la mare et les terres voisines
Et que parfois il s'arrête, comme étonné
De son travail muet, profond et acharné.

Mais pour s'épanouir et régner dans sa force,
Ô les luttes qu'il lui fallut subir, l'hiver!
Glaives du vent à travers son écorce.
Cris d'ouragan, rages de l'air,
Givres pareils à quelque âpre limaille,
Toute la haine et toute la bataille,
Et les grêles de l'Est et les neiges du Nord,
Et le gel morne et blanc dont la dent mord,
jusqu'à l'aubier, l'ample écheveau des fibres,
Tout lui fut mal qui tord, douleur qui vibre,
Sans que jamais pourtant
Un seul instant
Se ralentît son énergie
A fermement vouloir que sa vie élargie
Fût plus belle, à chaque printemps.

En octobre, quand l'or triomphe en son feuillage,
Mes pas larges encore, quoique lourds et lassés,
Souvent ont dirigé leur long pèlerinage
Vers cet arbre d'automne et de vent traversé.
Comme un géant brasier de feuilles et de flammes,
Il se dressait, superbement, sous le ciel bleu,
Il semblait habité par un million d'âmes
Qui doucement chantaient en son branchage creux.
J'allais vers lui les yeux emplis par la lumière,
Je le touchais, avec mes doigts, avec mes mains,
Je le sentais bouger jusqu'au fond de la terre
D'après un mouvement énorme et surhumain ;
Et J'appuyais sur lui ma poitrine brutale,
Avec un tel amour, une telle ferveur,
Que son rythme profond et sa force totale
Passaient en moi et pénétraient jusqu'à mon coeur.

Alors, j'étais mêlé à sa belle vie ample ;
Je me sentais puissant comme un de ses rameaux;
Il se plantait, dans la splendeur, comme un exemple;
J'aimais plus ardemment le sol, les bois, les eaux,
La plaine immense et nue où les nuages passent;
J'étais armé de fermeté contre le sort,
Mes bras auraient voulu tenir en eux l'espace;

Mes muscles et mes nerfs rendaient léger mon corps
Et je criais : " La force est sainte.
Il faut que l'homme imprime son empreinte
Tranquillement, sur ses desseins hardis:
Elle est celle qui tient les clefs des paradis
Et dont le large poing en fait tourner les portes".
Et je baisais le tronc noueux, éperdument,
Et quand le soir se détachait du firmament,
je me perdais, dans la campagne morte,
Marchant droit devant moi, vers n'importe où,
Avec des cris jaillis du fond de mon coeur fou.

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EL ÁRBOL

Completamente solo,
que lo agite el invierno o el estío lo meza,
que se escarche su tronco
o con verdes ramajes aparezca,
siempre, tras de los días
del odio o la ternura,
se impone con su vida,
enorme y soberana, a las llanuras.

Desde cientos y cientos de años,
mira los mismos campos,
y las mismas labores y los mismos sembrados;
los ojos hoy muertos, los ojos
de los abuelos más remotos,
pudieron contemplar, punto por punto,
su corteza anudarse
así como sus rudos
ramajes.

Presidía, tranquilo y fuerte sus trabajos;
les ofrecía su pie velludo
lecho de musgo;
resguardaba la siesta en melodías cálidos
y fue dulce su sombra
a sus hijos que unieronse en idílicas horas.

Desde el amanecer, en las aldeas,
según cante o llore, ya se augura el tiempo;
está en el secreto
de las nubes violentas
y del sol disgustado
en horizontes llenos de latencias;
erguido en medio de los campos
es todo lo pasado;
pero sean cuales fueren los recuerdos
que en su bosque se guardan
desde que termina enero
y que la savia se expande dentro de su tronco viejo,
con el haz de los retoños y el manojo de las ramas,
-labios locos y brazos retorcidos-
lanza un grito,
inmensamente, al porvenir tendido.

Entonces, con rayos
de luz y lluvia fija los tejidos
de hojas temblorosas, alisa las ramas,
contrae los nudos, empuja en el cielo vencido
su frente cada vez más alta;
y tan lejos proyecta
las raíces porosas
que el pantano agota
y agota las próximas tierras.
De repente,
con asombro se detiene
por su trabajo,
mudo,
profundo,
encarnecido.

Pero para expandirse y reinar con su fuerza,
¡oh, cuántas luchas tuvo que afrontar en invierno!
Las espadas del viento
al través la corteza,
del huracán los choques, las cóleras del aire,
la escarcha semejante
a limaduras ásperas;
todo el odio y toda la batalla,
los granizos del Este y las nieves del Norte,
la helada blanca y tétrica, con dientes mordedores
del alburno que es amplia madeja de las fibras,
se hace mal que retuerce y es dolor con que vibra,
sin que un sólo instante, en una
ocasión, su energía disminuya
en anhelar firmemente, llegue cada vez más bella
la primavera.

Cuando triunfa, en octubre, el oro en su follaje,
mis pasos, todavía extensos, más pesados,
frecuentemente hicieron largo peregrinaje
a ese árbol que el Otoño y el viento atravesaron.
Cual brasero gigante de hojas y de llamas,
bajo el azul del cielo, tranquilo se elevaba,
pareciendo habitado por un millón de almas
que en su ramaje hueco dulcemente cantaban.

Iba hacia él, los ojos llenos de luz. Mis dedos,
mis manos lo tocaban. Sentía el movimiento
sobrehumano, enorme, que agitaba su cuerpo
y mi pecho bestial sobre él se apoyaba
con tal amor, con tal fervor,
que su ritmo profundo y su fuerza apretada
me penetraban hasta dentro del corazón.
Estaba mezclado entonces a su vida bella y amplia;
con él me encontraba unido como una de sus ramas;
entre esplendor, él se erguía como magnífico ejemplo;
y yo amaba más ardientemente las agua, el cielo,
los bosques, el llano inmenso, por donde las nubes pasan.

De firmeza estaba armado
contra el destino. Mis brazos
deseaban sostener todo el espacio.
Mis músculos y mis nervios
me aligeraban el cuerpo.
Y yo gritaba:
“La fuerza es santa”

Es necesario que el hombre imprima violentamente
las huellas en sus propósitos audaces.Ella posee
las llaves de paraísos. Su puño abre las puertas.
Frenéticamente, yo besaba el tronco con nudos
y, cuando del firmamento se desprendía la tarde
me perdía en la campaña muerta.
Hacia cualquier punto encaminaba los pasos, siempre adelante
Y lo hondo de mi corazón lanzaba gritos, mi corazón loco.


Versión castellana: Julio Raúl Mendilabarsu (Revista Pegaso, mayo 1920)
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2/14/2012

JEAN MARIE DE LA FOTAINE (Francia 1621-1695)
La mort et le bûcheron

Un pauvre Bûcheron, tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé, marchoit à pas pesants,
Et tâchoit de gagner sa chaumine enfumée.
Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde?
Point de pain quelquefois, et jamais de repos:
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
Le créancier, et la corvée,
Lui font d'un malheureux la peinture achevée.
Il appelle la Mort; elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu'il faut faire.
«C'est, dit-il, afin de m'aider
A recharger ce bois; tu ne tarderas guère.»

Le trépas vient tout guérir;
Mais ne bougeons d'où nous sommes:
Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes.
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1/14/2012

ALPHONSE DE LAMARTINE (Francia, 1790-1869)
Le chêne 

Voilà ce chêne solitaire
Dont le rocher s’est couronné,
Parlez à ce tronc séculaire,
Demandez comment il est né.
Un gland tombe de l’arbre et roule sur la terre,
L’aigle à la serre vide, en quittant les vallons,
S’en saisit en jouant et l’emporte à son aire
Pour aiguiser le bec de ses jeunes aiglons ;
Bientôt du nid désert qu’emporte, la tempête
Il roule confondu dans les débris mouvants,
Et sur la roche nue un grain de sable arrête
Celui qui doit un jour rompre l’aile des vents ;
L’été vient, l’Aquilon soulève
La poudre des sillons, qui pour lui n’est qu’un jeu,
Et sur le germe éteint où couve encor la sève
En laisse retomber un peu !
Le printemps de sa tiède ondée
L’arrose comme avec la main ;
Cette poussière est fécondée
Et la vie y circule enfin !
La vie ! à ce seul mot tout œil, toute pensée,
S’inclinent confondus et n’osent pénétrer ;
Au seuil de l’Infini c’est la borne placée ;
Où la sage ignorance et l’audace insensée
Se rencontrent pour adorer !
Il vit, ce géant des collines !
Mais avant de paraître au jour,
Il se creuse avec ses racines
Des fondements comme une tour.
Il sait quelle lutte s’apprête,
Et qu’il doit contre la tempête
Chercher sous la terre un appui ;
Il sait que l’ouragan sonore
L’attend au jour !.., ou, s’il l’ignore,
Quelqu’un du moins le sait pour lui !
Ainsi quand le jeune navire
Où s’élancent les matelots,
Avant d’affronter son empire,
Veut s’apprivoiser sur les flots,
Laissant filer son vaste câble,
Son ancre va chercher le sable
Jusqu’au fond des vallons mouvants,
Et sur ce fondement mobile
Il balance son mât fragile
Et dort au vain roulis des vents !
Il vit ! Le colosse superbe
Qui couvre un arpent tout entier
Dépasse à peine le brin d’herbe
Que le moucheron fait plier !
Mais sa feuille boit la rosée,
Sa racine fertilisée
Grossit comme une eau dans son cours,
Et dans son coeur qu’il fortifie
Circule un sang ivre de vie
Pour qui les siècles sont des jours !
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10/13/2011

PIERRE MÉNANTEAU (Francia, 1895-1992)
Peuplier

Peuplier, peuplier,
Arbre si bien lié
Au moindre vent qui passe,
C'est toi, qui, le premier,
Pressentis dans l'espace
Un souffle, on ne sait quoi
Qui devance le froid.

Peuplier, peuplier,
Torche d'inquiétude
Erigée en l'été
Que ton feuillage élude,
Ne me crois pas lié
Au froid de ton aubier.

Peuplier, peuplier,
Sous mon humaine écorce
J'ai mon chaud, j'ai mon froid
Soumis à d'autres lois
Que celles qui te forcent,
O toi, si bien lié.

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9/17/2011

PIERRE DE RONSARD (Francia, 1524-1585) 
À la forêt de Garine


Couché sous tes ombrages verts,
Gastine, je te chante
Autant que les Grecs, par leurs vers
La forêt d'Érymanthe:
Car, malin, celer je ne puis
À la race future
De combien obligé je suis
À ta belle verdure,
Toi qui, sous l'abri de tes bois,
Ravi d'esprit m'amuses;
Toi qui fais qu'à toutes les fois
Me répondent les Muses;
Toi par qui de l'importun soin
Tout franc je me délivre,
Lorsqu'en toi je me perds bien loin,
Parlant avec un livre.
Tes bocages soient toujours pleins
D'amoureuses brigades
De Satyres et de Sylvains,
La crainte des Naïades!
En toi habite désormais
Des Muses le collège,
Et ton bois ne sente jamais
La flamme sacrilège! 
 
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7/03/2011

NICOLAS GILBERT (Francia, 1750-1780)
Les charmes des bois

Que j'aime ces bois solitaires!
Aux bois se plaisent les amants;
Les nymphes y sont moins sévères,
Et les bergers plus éloquents.

Les gazons, l'ombre et le silence
Inspirent les tendres aveux;
L'amour est aux bois sans défense;
C'est aux bois qu'il fait des heureux.

O vous qui, pleurant sur vos chaînes,
Sans espoirs servez sous ses lois,
Pour attendrir vos inhumaines,
Tachez de les conduire aux bois!

Venez aux bois, beautés volages;
Ici les amours sont discrets:
Vos soeurs visitent les ombrages,
Les Grâces aiment les forêts....
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5/21/2011

ROBERT SABATIER (Paris, 1923-2012) 
Chant triomphal de l'arbre

Arbre couleur d'oiseau, je n'ai plus peur des plaines
Je pourrai m'envoler par-delà le ciel noir
Mon printemps, ton printemps dansent à perdre haleine
L'enfant, le liseron grimperont jusqu'au soir
Grimperont jusqu'à Dieu plus haut que la montagne
Arbre couleur d'oiseau je resterai quand même
Porteur de chevelure, arbre parmi les arbres.
 
Arbre couleur de l'eau, je coule d'un poème
Dans tous les corps d'ici, dans les cœurs et les ailes.
Hommes, je vous habite un instant, puis je pars
Je reviens à mon cri. La fleur souffle une abeille
Pour lui donner le vol, le vrai suc du voyage
Mes chants et mes parfums jaillissent de mes branches
Et pour toucher le ciel, j'agite mon feuillage
Comme un grand pavillon habité de mésanges.
 
Plus vif au jour, plus pur qu'une source dans l'île
Ce peu de chair est là pour me garder du ciel
Autour de moi, la mer ; une aube en ma poitrine
Mon corps est la couronne étrange du soleil
Je cerne une douceur, un grand lac s'émerveille
D'éveiller tant de brume et de nimber mes cimes
Je demeure un atoll en ce monde immobile.
 
Arbre couleur d'oiseau, de cet oiseau qui brûle
Et renaît chaque fois que le grand feu s'éteint
Arbre, j'attends que vibre aussi la libellule
Je n'ai que mille bras pour serrer mes essaims
Et leurs grappes sont là pour me donner la vie
Pour me nourrir aussi d'un nouveau cœur vivant
Je ne puis les serrer que si tout le ciel prie
Je ne puis les vêtir, mon corps se dénudant.
 
Arbre couleur d'oiseau, j'ai des jambes sous terre
Je rampe vers l'enfer et vole au paradis
Au milieu de mon corps l'horizon se soulève
Les astres tournoyants sombrent quand je le dis
Arbre couleur d'oiseau, pourtant, j'attends des larmes
Quand le printemps s'achève, avec des gestes graves
Tourné vers le soleil, je pleure comme un fruit.  
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4/07/2011

THÉOPHILE GAUTIER (1811-1872)
 Le pin des Landes

On ne voit en passant par les Landes désertes,
Vrai Sahara français, poudré de sable blanc,
Surgir de l'herbe sèche et des flaques d'eaux vertes
D'autre arbre que le pin avec sa plaie au flanc ;

Car, pour lui dérober ses larmes de résine,
L'homme, avare bourreau de la création,
Qui ne vit qu'aux dépens de ce qu'il assassine,
Dans son tronc douloureux ouvre un large sillon!

Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte,
Le pin verse son baume et sa sève qui bout,
Et se tient toujours droit sur le bord de la route,
Comme un soldat blessé qui veut mourir debout.

Le poète est ainsi dans les Landes du monde;
Lorsqu'il est sans blessure, il garde son trésor.
Il faut qu'il ait au cœur une entaille profonde
Pour épancher ses vers, divines larmes d'or!


EL PINO DE LAS LANDAS

No se ve, al pasar por las Landas desiertas,
Auténtico Sahara francés, empolvado de arena blanca,
Brotar de la hierba seca y de los charcos de verdes aguas
Otro árbol que el pino con su herida en el flanco;

Pues para robarle sus lágrimas de resina,
El hombre, avaro verdugo de la creación,
Que vive sólo a expensas de aquéllos a quienes asesina,
En su dolorido tronco abre un ancho surco.

Sin lamentar su sangre que corre gota a gota
El pino derrama su bálsamo y su savia que hierve,
Y se mantiene siempre erecto al borde del camino,
Como un soldado herido que quiere morir de pie.

El poeta está en las Landas del mundo;
Cuando carece de herida, conserva su tesoro.
Le es preciso tener en el corazón una profunda grieta
Para derramar sus versos, divinas lágrimas de oro.

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